Une nouvelle nouvelle année sous le signe de la miséricorde!


Alexandra Breukink
11 Jan 2021

Le 11 Jan 2021 - 10:52

Mot d'ordre 2021

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »

Luc 6: 36

Un tel impératif, sorti de son contexte, risque de se transformer en une formule creuse ou un vœux pieux, réduisant l’enseignement de Jésus à rien de plus qu’une morale à bon marché : le chrétien doit aimer son prochain ; il doit être gentil ! Ou alors, il aurait plutôt de quoi décourager ou faire peur : si l’on doit effectivement être aussi parfait que Dieu, alors qui peut y arriver ? Est-ce réservé à quelques rares « saints » particulièrement exemplaires ? Et puis, au demeurant, est-ce vrai que Dieu est miséricordieux ? Le croyons-nous vraiment ?

Dans l’Évangile selon Luc, cette exhortation de Jésus est en fait la conclusion d’un passage qui parle de l’amour pour les ennemis. Jésus gratte là où ça fait mal : aimer ses amis, ses proches, c’est à la portée de n’importe qui, même des païens et des pécheurs. Mais aimer ses ennemis, bénir ceux qui vous maudissent, voilà une autre affaire !

Nos instincts naturels nous poussent certes à aimer notre prochain, tant qu’il nous ressemble et qu’il nous aime lui aussi ; mais ils nous poussent aussi et surtout, depuis la nuit des temps, à haïr nos ennemis. Au mieux, on conclut avec eux un pacte de non agression, vite dénoncé si les circonstances y obligent ; au pire on veut les neutraliser, voire les anéantir. Si tu me fais du mal, je te rendrai la pareille ! Et vice versa… La spirale fatidique de la vengeance et de la violence sans fin.

Et voilà donc l’enjeu : obéir à ses instincts naturels, c’est facile ; même ceux qui ne croient ni à dieu ni à diable aiment leurs proches, sont bons avec ceux qui le sont aussi avec eux. « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi agissent de même. Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin de recevoir la pareille. Mais aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très Haut, car il est bon pour les ingrats et les méchants. » (Luc 6, 32-35).

Jésus renverse la logique humaine. Ce qu’il s’agit de faire, c’est justement de ne pas suivre nos instincts naturels. Suivre Jésus sur la voie de l’amour, ce n’est pas une partie de plaisir, où il « suffirait » d’être un peu gentil, un peu généreux, un peu charitable. Suivre Jésus sur la voie de l’amour, c’est une attitude radicale, et même scandaleuse aux yeux des Hommes et de leur logique. En bonne logique humaine, faire du bien à ceux qui veulent profiter de vous, cela s’appelle de la faiblesse ; et aimer ses ennemis, cela s’appelle de la trahison. Et pourtant, c’est la voie que Jésus nous demande de suivre : d’être en fin de compte comme Dieu lui-même. Tout un programme !

Mais au fait, est-ce vrai que Dieu est miséricordieux (ou bon, ou généreux, ou magnanime, selon d’autres traductions de ce même verset) ? En sommes-nous si sûrs ? À bien y réfléchir, si on s’en tient là encore à la logique humaine, la réponse est non. Notre conception de Dieu, c’est que justement il devrait penser, raisonner et agir comme nous-mêmes nous pensons, raisonnons et agissons. Punir les ingrats et les méchants, récompenser les bons et les vertueux : voilà la justice de Dieu, à nos yeux. Nous avons une conception très humaine de Dieu.

Et voici que Jésus, une fois encore, nous parle d’un Dieu très différent ; si différent qu’on peut l’appeler Père. Un Dieu qui  fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Matthieu 5, 45). Un Dieu qui montre qu’il renonce à tout jamais à la vengeance en se donnant finalement lui-même, jusqu’au bout, sur la croix, par amour pour sa Création.

La première conversion que Jésus nous demande, sans laquelle notre changement d’attitude et de comportement n’est pas possible, c’est de corriger notre regard sur Dieu lui-même. D’accepter, une fois pour toutes, qu’il aime chacune et chacun ; qu’il est bon, magnanime, généreux, miséricordieux, avec tout le monde, et donc aussi avec moi. D’accepter que ce n’est décidément et définitivement pas à moi de juger si les autres « méritent » ou non l’amour de Dieu. « Ne jugez point, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés… » (Luc 6, 37).

Est-ce possible ? En fait, non, ça ne l’est pas. En tout cas pas avec nos propres forces ou notre seule volonté. Ce n’est qu’en étant changés et convertis par l’Esprit de Dieu que nous pouvons y arriver. Alors, sans nous lasser, demandons à Dieu de nous donner son Esprit, afin que nous puissions être pleinement humains, à son image. « Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint Esprit à ceux qui le lui demandent. » (Luc 11, 13).

 

Jean-Marc Meyer




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